Lone Wolf & Hammerskin Espagne

(Source : El Pais 24/05/09 – Traduction de l’Espagnol au Français par des antifascistes)

Un pamphlet saisi par la Guardia Civil préconise que les activistes des groupes d’extrême droite agissent comme des loups isolés et forment des cellules semblables à celles d’Al Quaïda.

Un résistant sans chef est « un soldat, un guerrier, un espion, un désinformateur, un saboteur, un agitateur, un assassin et au-dessus de tout un chef qui répond seulement devant sa conscience, avec carte blanche pour agir comme cela lui convient le plus. Il choisit le rôle à adopter dans chaque moment et chaque situation, ainsi que les moyens à employer qui peuvent être à sa portée, agression, extorsion, trafic, manipulation de personnes, diffamation, maniement de l’information à sa libre volonté, etc ». Aussi clair et brutal que cela paraisse, est ce qu’explique le Manuel de résistance sans chef, un pamphlet d’endoctrinement pour néonazis récupéré par les forces de sécurité de l’État pendant un coup de filet contre les dirigeants supposés de l’organisation Hammerskin.

Le coup de filet a été nommé : Operación Puñal. Il a été effectué par la Guardia Civil en 2004 et s’est soldé par le démantèlement d’une cellule néonazie violente et par les arrestations à Madrid, Barcelone, Valence et Guadalajara de 14 de ses dirigeants présumés. Pendant l’investigation ont été saisis huit armes à feu, des machettes et des poings américains, une abondante documentation et beaucoup d’attirail nazi. Ce groupe, selon le Ministère de l’Intérieur, constituait la faction Espagnole de Hammerskin, intégrante de l’organisation internationale Hammerskin-Nation.

L’opération policière a été ordonnée par la Délégation du Gouvernement à Madrid, qui s’inquiétait des attaques racistes enregistrées dans l’Université Complutense et dans d’autres localités de la région. Les détenus étaient probablement impliqués dans de nombreux délits, surtout des lésions, des menaces et des bagarres de rue.

Les supposés dirigeants néonazis, dont le père intellectuel indiscutable est Adolf Hitler, ont été accusés d’association illicite et incitation à la discrimination, à la haine et à la violence envers des groupes d’idéologies ou d’ethnies différentes. Le 15 juin ils seront jugés par Audiencia Provincial de Madrid pour association illicite et détention illicite d’armes, selon le document du juge. «Ce sera le premier jugement pour association illicite contre la section Espagnole d’une organisation internationale néonazi comme Hammerskin», souligne Esteban Ibarra, président du Mouvement contre l’Intolérance et partie civile.

Un rapport de la Guardia Civil apporté à l’instruction souligne qu’Hammerskin est une trame illégale d’idéologie néonazie, raciste, xénophobe, homophobe et antisémite. Dès 2000, les Hammerskins Espagnols constituent un groupe dont le comportement n’est pas sporadique, mais « il fait parti d’un accord durable et pas simplement transitoire ». « L’organisation se serait constituée comme une société fermée dans laquelle les aspirants doivent passer une série d’épreuves pour être admis dans celle-ci », ajoute la Guardia Civil. Pendant cette période de pratique, les candidats doivent démontrer – avec les poings et les bottes à bouts métalliques – qu’ils sont dignes de grossir les rangs sauvages de Hammerskin.

Une grande partie de l’enquête policière sur ces néonazis, dont le centre de réunion était un bar d’Alcala de Henares (Madrid), est basé sur les déclarations du témoin protégé 0304. Cette personne, dont l’identité est protégée par le secret, sera probablement le témoin à charge principal contre les Hammerskins qui s’assiéront sur le banc des accusés.

Le dossier souligne le caractère violent de ces crânes rasés, que la Garda Civil lie avec quelques agressions, dont parmi celle-ci, la bastonnade administrée à 50 supporters de l’Osasuna au cours d’une partie de chasse entreprise contre eux, après un match au cours duquel l’équipe de Navarre s’est affrontée au Madrid Réel en avril 2001.

« Un exemple de la nature xénophobe qui incite à l’utilisation de la violence et de la haine par les Hammerskins, ils constituent les préceptes contenus dans le Manuel de la résistance sans leader », explique la Guardia Civil. L’une de ces affiches, qui étaient vendues entre les assistants à un concert à Arganda del Rey (Madrid), a été interceptée par un agent camouflé dans le public.

« Nous inventons de nouvelles formes de lutte adaptées pour le XXIe siècle. Ce type de nouvelles formes de lutte ne doivent rivaliser en aucun moment avec les organisations, puisque tous travaillons dans le même but », fait remarquer l’auteur anonyme du manuel. « Il est possible que cette nouvelle forme de lutte ait un avant et un après et perturbe les services secrets, les services de renseignements ou policiers du Système en raison de la saturation d’activités clandestines (c’est pour ceux-ci comme attraper de l’eau avec une passoire) », ajoute-t-il.

Mais qu’est-ce que c’est un résistant sans leader ? « C’est un activiste qui, pour des raisons de déconnexion avec des organisations, approches différentes ou adoption de formes individualistes de lutte, décide d’agir contre le Système, assumant ainsi une lutte en solitaire avec tous les avantages et inconvénients que cela suppose, bien que dans des situations déterminées il peut y avoir une connexion pour la réalisation de projets avec celles-ci, avec des groupes ou d’autres résistants sans leader ». Ce serait donc une espèce de loup solitaire, qui rappelle ce jeune homme néonazi qui en novembre 2007 a tué d’un coup de poignard l’antifasciste Carlos Palomino dans un wagon du métro madrilène. Le meurtrier, qui était un soldat professionnel, s’est affronté en solitaire – au couteau et avec ses mains – à des dizaines d’amis de la victime et d’utilisateurs du métro, comme cela est montré dans la vidéo diffusé par El Pais le 10 mai dernier.

« Si le résistant se met difficulté, il doit pouvoir s’en sortir seul, surtout judiciairement. S’il pense que son travail contre le Système est effectif, la police ou les tribunaux s’acharneront contre lui et il ne pourra pas s’abriter derrière la masse. Il peux aussi souffrir des attaques physiques des groupes rivaux de gauche », écrit l’auteur du manuel, qui n’a pas de scrupules à admettre que lui même s’est retrouvé dans plus d’une situation compromettante. « Je sais que c’est difficile à croire », avoue-t-il, « mais ma propre expérience me dit que c’est ça en moins, puisque si tu es toujours armé de couteaux et de ceintures plombées tu peux faire des ravages contre l’ennemi éventuel ou circonstanciel si tu les utilises dans une situation de conflit, dans une attaque et avec valeur ».

L’auteur de ce catéchisme, qui est diffusé entre les groupes d’extrême-droite, conseille d’agir en solitaire, mais dans un autre passage il mise aussi pour le faire dans des cellules de trois personnes « bien armées, psychologiquement préparées et ayant la pleine conscience du type d’acte délictueux qu’ils vont commettre et des conséquences qui peuvent en découler ». « À trois personnes très coordonnées, avec décision et expérience, […]

Le manuel conseille que l’activiste néonazi est une bonne préparation pour « combattre au corps à corps ». « L’idéal serait de ressembler physiquement à un Panzergrenadier ou à un Waffen SS », remarque-t-il, sans cacher son admiration pour l’Armée Hitlérienne et les terribles corps d’élites dirigé par Heinrich Himmler.

Face aux fanatiques qui se targuent d’être des skinheads, avec tatouages, blousons bomber, vêtements avec svastikas et inscriptions runiques, l’idéologue de la bibliographie clandestine conseille à ses coreligionnaires : « Il faut être des loups avec la peau d’agneau (comme a dit Joseph Goebbels) et ne pas avoir de doutes ni de complexes au moment de changer d’apparence physique ou de façon de s’habiller, selon les nécessités de la lutte ».

Mais le combat nécessite de l’argent. C’est pourquoi l’idéologue néonazi recommande que le « résistant » dispose d’un « appareil économique », c’est-à-dire une activité qui rapporte des bénéfices. « Il n’y a pas d’armée sans commerce, puisqu’il faut avoir des liquidités pour la financer », proclame t’il.

Le texte révèle que les organisations néonazies et leurs sympathisants sont financés grâce au montage de concerts de musique Oi!, RAC (Rock Anti-Communistes) et Hatecore (Rock de la Haine); magasins de vente de produits commerciaux, propres marques de vêtements, productions de disques, éditions de livres et les groupes ou les organisations qui fonctionnent à la perfection avec un développement de leurs ressources économiques et humaines sont dignes d’être mentionnées. Le manuel assure qu’ainsi fonctionnent des groupes comme Hammerskin, Blood & Honour, Force Aryenne, Viking Llobregat et Helmántica.

« Cela a créé des potentiels de consommation d’actuellement environ 15.000 individus idéalistes et d’une grande partie d’entre les activistes avec beaucoup d’envies de faire des choses. C’est le moment où nous devons tous commencer à profiter de cette armée de combattants antisystème, en nous organisant et en nous appuyant entre nous; nous avons à promouvoir quelques lignes intérieures de consommation en facilitant ainsi le développement commercial de tous et, en définitive, la création d’un potentiel économique (qui dans l’ avenir, sera militaire clandestin) ». Ces 15.000 activistes formeraient « une division d’attaque parfaitement structurée et avec quelques moyens économiques parfaits », qui, entre autres, dit-il, pourraient être utilisés pour « acheter des juges ». Sur une autre page on conseille aux militants d’infiltrer des organismes officiels, tels que la police ou les douanes.

«Il est arrivé le moment ou nous devons croître quantitativement, et commencer à ouvrir les rangs et à réaliser un recrutement massif. C’est un bon moment historique. Le Système est débordé par la corruption et la délinquance. Si nous lançons des cellules massives de recrutements, nous grandirons dans les ressources humaines et plus tard nous étudierons comment gérer cette masse croissante, mais avec des lignes totalement nouvelles d’action et ayant des activistes très qualifiés, en luttant dans tous les secteurs sociaux. Au final, où il y a un peuple il doit y avoir action et présence pour générer une agitation, une déstabilisation, une diffusion d’idées et un bouillon de culture favorable pour un recrutement sur tous les champs avec en vue une expansion du national-socialisme ».

L’un des outils de propagande préférés des petits-fils d’Hitler est Internet : « Le Système a commis la grande erreur de mettre le Réseau à notre service et à notre portée, grosse erreur qui facilite les choses au résistant sans leader, puisqu’il multiplie et optimalise ses possibilités de diffusion, de développement de contacts, promotion d’affaire de piraterie illégale de marques, de vidéo, de musique… ».

« Comme il n’est pas soumis à une discipline de groupe, il peut travailler sur divers domaines, tels que la création de cellules, l’initiation de groupes qui plus tard s’autorégulerons, l’agitation dans des manifestations, dans le Réseau, diffusion de moyens de propagande, édition de livres et de textes, lien d’union entre des organisations ou des individus, et bien d’autres fonctions qui peuvent se développer avec imagination et initiative », suggère le manuel.

« Les groupes néonazis sont très dangereux, comme le prouve ce Manuel de résistance sans leader. Le discours de la police disant que quelques extrémistes sont regroupés dans ce qu’on appelle les tribus urbaines est fini », pense le président de Mouvement contre l’Intolérance. « Le manuel indique des formes très similaires de comportement qu’utilisent les cellules D’Al Quaida… et je crois qu’il ne vient à l’esprit de personne que ces islamistes ne sont pas dangereux», a souligné Ibarra…

Un rapport récent de FBI, connu en avril dernier, alerta d’une possible apogée des mouvements d’extrême-droite face à la crise économique mondiale. « Malgré des similitudes avec le climat des années 90, la menace représentée par les loups solitaires et les petites cellules terroristes est plus prononcée que dans les années passées », souligne le document cité. L’analyse est spécifiquement centrée sur les États-Unis, mais on peut penser qu’elle peut être extensible aux pays européens.

Ibarra rappelle qu’Allan Burnett, chef du département antiterroriste d’Écosse, a aussi attiré l’attention sur ce sujet en disant que les néonazis sont une menace aussi sérieuse que celle D’al Quaida. Dans un entretien récent, ce policier a affirmé qu’ « on utilise le racisme pour promouvoir la violence ».

Le Mouvement contre l’Intolérance sollicite la création en Espagne « d’un ministère public spécial contre les délits haineux » et que les autorités ordonnent la fermeture des sites Internet qui exaltent la violence et le racisme.

 

Publicités
Cet article a été publié dans Documentation, Organisations de Résistance Blanche, Stratégie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s